Vendredi 25 décembre 2009 5 25 /12 /Déc /2009 12:45

C'est Noël. Et comme lors de tous les Noëls, notre très cher barbu se fatigue à distribuer des cadeaux à travers le monde. Et moi, je ne résiste pas à la tentation de vous livrer ce petit texte très drôle, bien connu d'Internet. Enjoy !

Puisque cela intéresse tout le monde, et pas seulement les plus jeunes (on entend bien dire à propos de gens qui ont passé l'âge «Celui-là il croit au Père Noël»). Il est facile de dire que le Père Noël n'existe pas, que le gros barbu et ses increvables montures sont incapables de livrer la marchandise. Mais s'est-on jamais donné la peine de démonter pièce par pièce cette supercherie vieille de cent cinquante ans ? Le mensuel new-yorkais Spy l'a fait. Avec une rigueur toute scientifique.


Si vous connaissez un tant soit peu la nature humaine, vous savez qu'il est fort improbable qu'un homme normal choisisse, sans raison particulière, de consacrer sa vie à fabriquer des jouets et à les distribuer aux petits garcons et aux petites filles du monde entier. Mais comme il s'agit d'une enquête objective, les questions de motivation n'ont pas à être prises en compte. Nous voulons seulement savoir si un tel homme pourrait accomplir sa mission.


Commençons par une mauvaise nouvelle. Le traîneau du Père Noël est soi-disant tiré par des rennes volants. Après d'intenses recherches, on n'a malheureusement trouvé aucune espèce de rennes connue à ce jour sachant voler. Mais il y a encore des raisons d'espérer, si on pense qu'il y a plusieurs millions espèces d'organismes vivants qui ne sont pas encore classées. Même si la plupart de ces espèces sont des insectes et des germes, rien ne permet d'exclure complètement l'existence de rennes volants que le Père Noël est cependant le seul à avoir vus jusqu'à présent.


Passons à la charge de travail du Père Noël. Il y a environ 2 milliards d'enfants dans le monde. On obtient ce nombre en se limitant aux personnes âgées de moins de 18 ans, puisque c'est l'âge moyen en apparence raisonnable, mais variable en fait selon les individus, pour lequel le Père Noël perd toute crédibilité. Puisque le Père Noël ne s'occupe pas des enfants musulmans, hindous, juifs et bouddhistes, cela réduit la charge de travail à 15 % du total, en fait 378 millions selon le bureau de recensement de la population mondiale. Avec une moyenne de 3,5 enfants par foyer, cela nous donne à peu près 91,8 millions de foyers. Bien entendu, on suppose aussi qu'il y a au minimum un enfant sage dans chaque maison (la plupart des enfants recevant des cadeaux, les standards de sagesse du vieil homme ne sont manifestement pas bien haut).


Le Père Noël a au moins 31 heures de travail pendant la nuit de Noël, à cause des différents fuseaux horaires et de la rotation de la terre, et en supposant qu'il voyage d'Est en Ouest (ce qui parait tout de même logique !). Cela nous amène à 822,6 visites par seconde ; c'est-à-dire que pour chaque foyer chrétien avec des enfants sages, le Père Noël dispose d'un peu plus d'un millième de seconde pour se garer, sauter hors du traîneau, dégringoler par la cheminée, remplir les chaussettes de jouets, placer le reste des cadeaux sous le sapin, manger les quelques restes du repas qui traînent, remonter dans la cheminée, remonter dans le traîneau et passer à la maison suivante. En supposant que chacun de ces 91,8 millions d'arrêts sont équitablement répartis sur la surface du globe (ce qui bien entendu est complètement faux comme nous le savons, mais que nous admettrons comme d'habitude dans l'intérêt de nos calculs), en le supposant donc, nous en sommes maintenant à une maison tous les 1,26 kilomètres pour un voyage total de 121 155 200 kilomètres, sans compter les voyages transocéaniques, les arrêts pour le fourrage des valeureux rennes et pour faire ce que la plupart d'entre nous doivent faire au moins une fois toutes les 31 heures.


Cela veut dire que le traîneau du Père Noël se déplace à une vitesse moyenne de 1 040 kilomètres par seconde, soit 3 000 fois la vitesse du son. On est certes encore loin des vitesses relativistes, mais, à titre de comparaison, le véhicule le plus rapide jamais fabriqué par l'homme, la sonde spatiale Ulysse, se déplace à la vitesse relativement étriquée de 43,8 kilomètres par seconde, et un renne conventionnel, donc non-volant à priori, plafonne à 24 kilomètre par heure. Supposons toutefois que les rennes volants sont capables d'atteindre des vitesses supersoniques grâce, disons, à l'effet de l'esprit de Noël.


La charge pesant sur le traîneau est un autre élément intéressant de l'enquête. En supposant que chaque enfant reçoit en tout et pour tout un jeu de Lego de taille moyenne (poids d'un kilogramme), le traîneau transporte alors environ 321 000 tonnes, sans parler du Père Noël qu'on a toujours décrit comme étant ostensiblement obèse. Sur terre, un renne conventionnel ne peut pas tirer, disons, plus de 150 kilos. Même en supposant qu'un renne volant (s'il en existe) puisse tirer 10 fois la charge normale, on n'arrive pas au résultat avec 8 ou même 9 d'entre eux. Non, il faut en fait 252 000 rennes ! Un renne (anémique) pesant en moyenne 75 kilos, on arrive à une charge totale de 396 000 tonnes sans compter le traîneau ! Finalement, 396 000 tonnes se déplaçant à 1 040 kilomètres par seconde provoquent une énorme résistance de l'air. Les rennes sont en fait élevés à la même température qu'une navette spatiale rentrant dans l'atmosphère terrestre. Les deux rennes de tête absorbent une énergie de 14,3.1030 joules. En résumé, ils se désintègrent presque instantanément, exposant les rennes qui les suivent. Les 252 000 rennes sont donc entièrement pulvérisés en moins de 4,26 millièmes de seconde. Le Père Noël, entre-temps, est soumis à une force centrifuge égale à 17 500 fois la gravité terrestre. Un Père Noël de 150 kilos (poids, répétons-le, ridiculement sous-estimé) serait cloué au fond de son traîneau par environ 2 275 tonnes de pression. Cette force le tuera sur le coup, lui broyant les os, pulvérisant sa chair, le transformant en gelée rose.


Conclusion de l'enquête :
si un jour le Père Noël a vraiment livré des jouets la veille de Noël, il est maintenant mort depuis longtemps. Désolé pour ceux qui perdent ici leurs dernières illusions

Par Kefka
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Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /Déc /2009 12:45
L'utopie n'existe pas. Comment quelque chose de si angélique pourrait-il se souiller en s'incarnant dans le monde imparfait du réel ? L'utopie est au-dessus de ça, elle vaut mieux que tout ça. Et heureusement !

 

Car voyez-vous, les utopies ne satisfont jamais de ce qu'est le genre humain. Elles ne le voient que tel qu'il pourrait être, dans leurs fantasmes délirants. Et le pire dans tout ça ? Elles entendent corriger l'homme, le remettre dans le droit chemin. Folie à nulle autre pareille ! L'homme est ainsi fait qu'il est infiniment achevable, infiniment améliorable. Vouloir faire du réel une perfection invalide l'idée même du parfait, supprimant ainsi un objectif heuristique inestimable : mêler le parfait au réel, c'est rendre ce réel plus qu'infernal. Vouloir du bien à l'homme, ce serait le vouloir malgré lui.

 

« Nous faisons en faveur de l'humanité ce que ses oppresseurs faisaient contre elle » assure Etienne Cabet dans son Voyage en Icarie, une utopie fondée sur les bases communistes. La « Cité du Soleil » de Campanella réglemente la procréation jsuqu'à punir de mort la sodomie. Les « lois de Garamantes » d'Antonio Guevara établissaient ceci : « qu'aucune femme ne vive plus de quarante ans, et que l'homme vive jusqu'à cinquante […] parce que c'est aux hommes grandes occasions d'être vicieux, de penser qu'ils doivent vivre longtemps ». Quand on en arrive, pour le bonheur de l'homme, à en réglementer l'espérance de vie afin d'éviter qu'il ne devienne « vicieux », l'horreur absolue n'est pas loin. Et il apparaît définitivement que le mal nait avec l'idée que l'on pourrait en finir avec lui : les apôtres du bonheur absolu finissent toujours par sacrifier sur l'autel de leurs utopies les pauvres hères qu'ils entendaient sauver.

 

Sacralisation du passé, ou image radieuse de l'avenir, l'utopie sacrifie toujours le présent, formidable machine à broyer le genre humain. Une utopie bien comprise ne doit pas se réaliser : le meilleur des mondes possibles est le rêve chatoyant qui nous rassure face à la cruauté du monde, fantasmagorie issu d'un néant qu'elle ne doit pas quitter sous peine de s'évaporer instantanément sous nous yeux. L'utopie a tout à perdre à se réaliser.

 

Le communisme portait en lui les germes de l'utopie de l'égalité réelle. Mais qui peut dire que l'URSS, la Chine, Cuba ou encore la Corée du Nord en sont les incarnations ? Tant qu'il entend s'incarner dans le monde réel au travers de l'objet politique, le communisme sera mal portant. Afin de lui rendre tout sa santé, il faut le remettre dans son état initial : celui de rêve. Paradoxalement, une utopie bien portante, bien compris, est une utopie qu'on enterre, car l'abandon du rêve est ce qui rend celui-ci possible dans notre imaginaire. C'est l'existence même des utopies qui trahissent celle-ci, rendant leur résurrection ponctuelle possible.

 

Comment dans ce cas peut-on pardonner aux tenants du « non » quand à la Constitution européenne de 2005 ? En refusant le moindre mal, ils ont favorisé le statu quo et l'immobilisme. L'idéal est une immodestie qui s'accommode mal des petits arrangements que les progrès doivent prendre avec le réel. Au final, qu'est-ce qu'une utopie sinon qu'une excuse à l'inefficacité, alibi d'un ailleurs hypothétique et utopique ? Avec le réel, l'utopie se prend pour Ponce Pilate : elle s'en lave les mains !

 

Au final, mieux vaut la mélancolie démocratique qui s'accommode du vice humain par résignation que la joie totalitaire qui part pourfendre, la fleur au fusil, le vice.

Par Kefka - Publié dans : Billet d'humeur et d'humour
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Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /Déc /2009 13:33
« Si les gens savaient par quels petits hommes ils sont gouvernés, ils se révolteraient vite ». Cette citation de Charles Maurice de Talleyrand résume bien toute ma pensée de la politique en tant que telle : une hypocrisie sans nom, mais une hypocrisie nécessaire. De tous les idéalismes, celui qui veut que la politique soit un moyen de « gouverner » se fourvoie grandement, mais il le fait pour son propre bien.

 

Partons d'une conception du pouvoir, cela est nécessaire au reste de la démonstration. Le pouvoir englobe et traverse la société : tout est pouvoir. Les relations sont des rapports de force le plus souvent équilibrés mais il n'en reste pas moins qu'elles sont la confrontation de deux volontés antagonistes. Ces rapports ne sont jamais figés et font l'objet d'une renégociation permanente. Et le pouvoir est l'avantage acquis dans ces confrontations : il est le résultat de toute bataille. Au final, il peut soit se partager entre les deux intervenants (pas forcément de manière égalitaire, ni équitable), soit être accaparé par l'un, forcément au détriment de l'autre. Au final, ma conclusion (rapide) est la suivante : tout est pouvoir, tout est sujet à des relations de pouvoir.

 

Or, personne n'aime être socialement dominé (ou, plus précisément, tout le monde veut avoir, au minimum, la sensation qu'il a le choix). Mais, dans une telle conception, le choix ne peut émerger que de l'assimilation totale du pouvoir à une personne : un compromis n'est pas autre chose qu'un unique choix qui s'impose parce que le partage du pouvoir ne permet pas l'émergence d'un avantage décisif en faveur d'un des intervenants. La recherche du pouvoir est donc le but ultime de toute action humaine. Même les sages, même ceux qui prétextent de ne pas être intéressés par le pouvoir, ne font que travestir leurs buts réels afin de leur donner, à leurs yeux, un semblant de dignité à leurs actes, eux qui prétendent dénigrer le pouvoir pour lui-même. Les luttes pour le pouvoir peuvent être invisibles (c'est la société) ou visibles ; et là, nous abordons la politique en elle-même qui est avant tout la science du pouvoir.

 

La politique, à mes yeux, est à la fois l'art d'obtenir le pouvoir mais, encore mieux, de le conserver. Une telle définition est minimaliste mais rajouter d'autres attributs ne serait en fait que l'orner d'oripeaux moralement acceptables afin de justifier cette activité honnie mais que tout le monde pratique secrètement. L'objectif de chaque politicien est de servir sa soif de pouvoir. Et rien d'autre ne prévaut. Les notions de « bien commun », d'« intérêt général » ne sont que des inventions afin de justifier une activité totalement amorale : ce sont les clefs de l'hypocrisie politique.

 

Au final, quelque soit la forme dans laquelle prend place la politique (tyrannie, despotisme, monarchie, démocratie, république …), on y trouve toujours les mêmes logiques : des individus se battant pour obtenir le poste suprême et ensuite faisant leur possible pour que ce poste soit légué à quelqu'un de la même famille que la sienne. Car, au final, que sont nos partis politiques ? Des familles d'idées, investies par des politiciens. Et pourquoi assurer un bon bilan ? Parce que les élections, en cas de bilan général, négatif, ne manqueront pas de sanctionner cet état de fait et donc, potentiellement, de transmettre le pouvoir à une autre famille idéologique. En d'autres termes, assurer un bon bilan est le meilleur outil, en démocratie, de conserver le pouvoir et de le transmettre à un dauphin.

 

Et c'est là qu'un idéaliste ne pourra jamais être un bon politicien. Primo, il n'aura jamais le cran de se salir les mains et de salir son idéal. Deuxio, s'il travaille réellement à la réalisation du société « meilleure », il perdra forcément de vue l'objectif de conservation du pouvoir. Un idéaliste n'est pas fait pour entrer en politique, à moins d'accepter rationnellement de sacrifier sur l'autel de l'efficacité ses propres rêves. Et c'est pour ça que j'ai une sainte horreur des extrêmes et des politiciens pour qui le terme « compromis » sonne comme une insulte.

 

Mais revenons à nous moutons. Comment une telle abomination morale peut-elle survivre ? Tout simplement grâce à l'hypocrisie, que je mentionnais plus haut. La politique est l'objet le plus compliqué à saisir : il est entouré de brumes et d'illusions, de mensonges vertueux proférés dans le seul but de son auto-conservation. Et les notions de « bien public », de « gouvernement », et « d'intérêt général » ne sont que des inventions de la classe politique elle-même afin d'éviter que le peuple, révolté par ce que qui serait considéré comme une réelle bassesse, ne se soulève. Car, au final, les politiciens défendent-ils leurs idées parce qu'ils y croient ou parce qu'ils considèrent que ce sont les meilleurs outils afin d'obtenir et de conserver le pouvoir ? Mon camp est tout choisi (dommage que les traitres soient si mal vus en politique, vieux vestige d'une politique que l'on souhaiterait morale …).

 

Au final, accuser la politique d'hypocrisie est tautologique : la politique est hypocrite parce qu'il n'y a qu'au travers d'un tel système qu'elle peut perdurer.

 

Je pourrais parler encore longtemps des méthodes de conservation du pouvoir, confirmant ainsi ma tendance naturelle machiavelienne. Mais je pense qu'il y a déjà dans cet article matière à réflexion : « La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée » disait Talleyrand (encore lui !). Et la politique pour lui servir de champ d'application, devrait-on rajouter.

Par Kefka - Publié dans : Réflexionnage
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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /Déc /2009 13:30

-Dis, dis, dis !

 

-Oui ?

 

-Pourquoi les gens sont-ils amis ?

 

-Et bien, souvent parce qu'ils se sont rencontrés …

 

-Un hasard qui trompe la solitude alors ?

 

-Pas vraiment : la solitude est inguérissable et si l'amitié était juste une manière de la tromper, elle serait égoïste.

 

-Mais alors, pourquoi ?

 

-Certains disent que c'est par communauté de vues mais la véritable amitié n'est pas la recherche de l'identique (ou, si elle est annoncée comme telle, alors elle n'est que la domination de l'un sur l'autre) ; d'autres y voit la manifestation d'un intérêt particulier : probable mais pas systématique, sinon il n'y aurait pas de colères entre amis. L'amitié ne se monnaye pas : elle est gratuité.

 

-Mais alors, comment l'amitié émerge-t-elle, dans ce cas ?

 

-Je ne sais pas. Au-delà des relations filiales, des accointances particulières au service d'une ambition ou des plaisirs qui ne dépendent pas de soi, l'amitié ne se donne pas à être décryptée. Elle n'a ni cause, ni objectif : sans excuse, l'ami est l'inconnu. D'ailleurs, Montaigne écrivait ceci : « Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu'en répondant : parce que c'était lui, parce que c'était moi ... ». L'amitié ne se réalise que dans la mesure où les frontières s'estompent pour permettre à chacun de se réaliser : c'est un altruisme qui trouve sa source dans la réalisation de soi.

 

-C'est paradoxal …

 

-Peut-être, mais c'est uniquement en étant capable de bienveillance envers soi-même que peut émerger la considération pour l'autre, car c'est avant tout de soi que l'on devient l'ami …

 

-L'amitié serait inépuisable alors …

 

-Effectivement. Elle s'inscrit doublement dans la durée : inépuisable dans sa source mais aussi « la lenteur heureuse, promesse de durée, où la connaissance de soi se fait à l'insu de l'autre », comme disait Char. La familiarité n'est pas un signe d'amitié, pas plus que la franchise brute de décoffrage, artifice des malotrus pour cacher sous les accents de la sincérité un dénigrement systématique de l'autre, individus au moins aussi pires que ceux qui taisent la vérité en pensant vous épargner. L'amitié n'est pas le synonyme de vérité, et ceux qui sacrifient à l'autel du véridique leurs amitiés ne méritent pas ce qu'ils perdent.

 

-Mais dans ce cas, comment se manifeste l'amitié ? Si ce n'est ni par la franchise ou la familiarité, que lui reste-t-il ?

 

-La délicatesse, la finesse, les bonnes manières, le savoir-vivre qui vous ferra sentir quand il faut ménager la susceptibilité de l'autre et quand il faut lui rentrer dedans. C'est une indépendance mutuelle.

 

-Mais alors, comment expliquer la tragédie que représente la mort d'un ami ?


-Parce que l'ami jamais ne meurt véritablement. Il ne reste qu'un silence qui n'en est pas un, qui ne trouve pas de réceptacle, qui ne trouve pas le réceptacle naturel de notre silence.

 

-Alors, quand meurt l'ami, nous mourrons un peu aussi, c'est ça ?

 

-Effectivement. C'est le seul moyen pour survivre, pour instaurer ce lent dialogue interne avec les voix de notre conscience, au-delà du trépas. Au final, l'amitié, c'est l'amour serein : le don de soi plus que l'invasion de l'autre. Toujours Montaigne : « En la vraie amitié, de laquelle je suis expert, je me donne à mon ami, plus que je ne le tire à moi. Je n'aime pas seulement mieux lui faire du bien que s'il m'en faisait, mais encore qu'il n'en fasse qu'à moi : il m'en fait lors le plus, quand il s'en fait ».

Par Kefka - Publié dans : Billet d'humeur et d'humour
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 23:01
Tiens, me suis fait insulter aujourd'hui. Quels étaient les termes déjà ? Ah oui ! « Sale facho raciste extrémiste ». Tout ça pour avoir osé dire que je me foutais que l'armée française ait employé la torture lors des « événements » d'Algérie et que je ne voyais pas l'intérêt, pour ça en particulier, mais aussi en général, de faire des excuses pour ce que nos ancêtres ont fait. Et comme d'habitude, ce blog va me servir à défendre mon opinion et développer mes idées.

 

Qu'est-ce que l'histoire ? Des faits, neutres. Qu'est-ce que le travail de l'historien ? Schématiquement, assembler ces faits en un ensemble logique. Vous remarquerez qu'à aucun moment, je n'ai dit que ces faits avaient une valeur particulière, une connotation morale à mes yeux. Pourquoi ça ? Tout simplement parce qu'ils n'en ont absolument aucune. Pour moi, l'histoire, c'est le passé, ce qui n'existe plus. Qui plus est, ce n'est pas mon passé : je ne suis pas directement responsable de ce qui s'est produit. Alors, je ne ressens pas l'intérêt de m'excuser pour ce que je n'ai, au final, pas fait. Et je trouve sincèrement horripilant cette manière purement occidentale d'aller faire du sadomasochisme mémoriel. Ce qui est fait est fait, pourquoi s'en excuser ?

 

Par ailleurs, il est facile de noter que, comme je le disais, cette pratique est purement occidentale. Khadafi peut s'insurger et demander une réparation financière pour les années de colonialisme, j'aimerais bien voir sa réaction quand il viendra à l'idée des Afro-Américains de faire pareil envers le monde arabo-musulman pour l'esclavagisme … Ce genre de repentance instaure une dichotomie rigide et insupportable : il y a d'un côté les bons, de l'autre les méchants. Et les méchants doivent expier leurs fautes. Et bien, je demanderais bien au FLN de faire ses excuses publiques, lui aussi (vous savez, les massacres à la hache, la torture de soldats français, toussa toussa …).

 

Au final, je trouve ces politiques du souvenir inutiles et pire, dangereuses. L'entretien d'une blessure de ce genre ne peut mener qu'à une dévitalisation de l'instinct de vie, instinct qui nous pousse toujours à aller de l'avant (une manifestation de la volonté de puissance au final). En institutionnalisant de véritables boulets mémoriels, les politiques rendent l'histoire lourde, là où elle devrait être libératrice et instructrice. Car en effet, le véritable but de l'histoire n'est pas, à mes yeux, de garantir un souvenir, mais d'agir en tant que garde-fou continuel en montrant comment certaines dérives ont bien pu se produire. Au final, le seul souvenir qui puisse nous être utile n'est pas celui des politiques mémorielles telles qu'elles se produisent actuellement et des repentances à n'en plus finir mais bien celui qui, tel un miroir, nous montre la bonté et la cruauté du genre humain.

 

Je suis d'accord qu'il est nécessaire d'entretenir un devoir de mémoire. Mais certainement pas un devoir de mémoire institutionnel (en partie parce qu'il n'y a pas une mémoire, mais des mémoires). Par ailleurs, quand ça prend les formes d'une religion de la mémoire, c'est que nous sommes face à des dérives. Il est nécessaire de statuer des limites de la mémoire, afin de laisser l'oubli accomplir son œuvre cicatrisante. Dès lors, tout n'est pas sujet à un devoir de mémoire, mais tout est par contre, sujet à une connaissance historique qui ne soit pas instrumentalisée. Car le passé aliène et qu'il est nécessaire, afin d'être complètement libre, de faire un bon usage du souvenir et non le laisser nous gangréner et nous faire pourrir sous le poids de la culpabilité.

 

La liberté ne se définit pas par rapport au passé. Au contraire, elle se définit en partie elle-même par rapport au futur, par rapport à ses possibilités. Elle est une sorte de jaillissement temporel, elle est projet. La seule mémoire qui tienne, c'est celle issue des justifications que nos actes et que nos anticipations futures donnent à notre passé. Le présent n'est pas dans le passé, c'est le futur qui est dans le passé : nous pouvons décider, par nos actes, de nous y enchaîner ou, au contraire, de nous en libérer.

 

Je vais m'arrêter là, j'aborde trop de sujets connexes et complexes : mémoire, histoire, passé, liberté. Mais je crois que l'essentiel est saisi : l'histoire n'a pas à être le nouveau martinet occidental. S'excuser de ce qui a été fait, ce serait comme s'excuser de faire partie du genre humain. Cherchez l'erreur ...

Par Kefka - Publié dans : Billet d'humeur et d'humour
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